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Investissement thématique : les épargnants voient les tendances, pas la porte d'entrée

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Ils identifient l'intelligence artificielle comme la mutation économique majeure de la décennie. Ils ne savent pas comment s'y exposer. Une enquête menée par Opinium pour WisdomTree auprès de 4 000 épargnants européens montre que 77 % des Français déclarent ne pas connaître l'investissement thématique. Le sujet est moins celui de l'appétit que celui de la méthode.
 

Un écart entre la conviction et l'allocation
L'enquête a été réalisée auprès de 1 000 personnes par pays, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et en Italie, toutes disposant d'au moins 5 000 euros d'épargne ou d'investissements. En France, 77 % affirment ne pas connaître l'investissement thématique. Six sur dix se disent incapables d'identifier les thèmes susceptibles de surperformer à moyen terme.
 

L'intérêt pour les tendances de fond, lui, ne fait pas de doute. Interrogés sur les thématiques appelées à monter en puissance dans les cinq ans, 34 % citent les logiciels liés à l'IA et 24 % les infrastructures associées. Mais quand on leur demande comment y accéder, la réponse la plus fréquente est « je ne sais pas », à 19 %. Les ETF thématiques, qui pèsent pourtant plus de 115 milliards de dollars d'encours en Europe, ne sont mentionnés que par 12 % des répondants.
 

La prudence comme réflexe
Ce qui frappe dans les réponses, c'est moins l'ignorance que la méfiance. Plus d'un répondant sur deux, 54 %, refuse de se cantonner à un seul thème par crainte de manquer d'autres opportunités. Et 45 % préfèrent une exposition à deux ou trois thèmes pour équilibrer leur portefeuille. L'incertitude sur les marchés est citée comme un frein par 32 % des personnes interrogées, le risque réglementaire ou politique par 21 %.
Cette prudence est saine, et il faut le dire clairement, parce que le discours commercial autour des fonds thématiques a beaucoup à se faire pardonner.
 

Ce que l'enquête ne dit pas
L'étude émane d'un fournisseur d'ETF, qui gère 9,6 milliards de dollars sur 21 fonds thématiques cotés en Europe. Sa conclusion, prévisible, est qu'il faut renforcer la pédagogie autour de l'investissement thématique en France. Elle n'est pas fausse. Elle est partielle.
 

Ce qu'elle passe sous silence, c'est le péché originel de la gestion thématique : les fonds arrivent presque toujours après la hausse. Un thème devient commercialisable quand il est déjà dans la presse, donc dans les cours. Les lancements de fonds sur la blockchain, le cannabis, le métavers ou les énergies propres ont suivi le même calendrier, et beaucoup de souscripteurs sont entrés au sommet. Le retour des mêmes mécanismes sur l'IA mérite d'être surveillé avec la même méfiance.
 

Deuxième réserve : la concentration. Un ETF thématique sur l'IA détient souvent les mêmes valeurs qu'un fonds indiciel mondial, mais en poids beaucoup plus élevé et avec des frais de gestion deux à quatre fois supérieurs. L'épargnant qui détient déjà un MSCI World a mécaniquement une exposition significative à ces titres. Il paie parfois deux fois pour le même risque.
 

Ce qu'il y a réellement dans un fonds thématique
Un point de vocabulaire, parce qu'il conditionne tout le reste. Un fonds thématique ne suit pas un secteur au sens des classifications boursières, mais une idée : le vieillissement de la population, la cybersécurité, l'eau, la robotique. Le gérant, ou l'indice qu'il réplique, sélectionne des entreprises censées en profiter, quel que soit leur secteur d'appartenance.
 

Cette liberté est précisément ce qui rend l'exercice difficile. Deux fonds affichant la même étiquette « intelligence artificielle » peuvent avoir des portefeuilles très différents, l'un concentré sur les fabricants de semi-conducteurs, l'autre sur des éditeurs de logiciels ou des exploitants de centres de données. Les performances divergent alors du tout au tout, à thème identique. La méthodologie de l'indice, publiée dans le document d'informations clés, mérite dix minutes de lecture.
 

Question annexe mais utile : dans quelle enveloppe loger cette poche. Les ETF thématiques éligibles au PEA sont peu nombreux, la plupart étant investis hors zone européenne. Passer par un compte-titres expose à la flat tax de 30 % sur les plus-values, tandis que l'assurance vie ajoute des frais de gestion sur unités de compte mais offre un cadre fiscal plus doux après huit ans, sans parler de la transmission. Le choix de l'enveloppe pèse souvent plus lourd que le choix du thème.
 

Les questions à se poser avant
Trois vérifications s'imposent avant toute souscription thématique. La première porte sur la composition réelle du fonds : ouvrir la liste des dix premières lignes et la comparer à celle d'un indice large déjà détenu. Si le recouvrement dépasse la moitié, la diversification annoncée n'existe pas. La deuxième porte sur les frais totaux, rapportés à la durée de détention envisagée. La troisième, la plus inconfortable, porte sur l'horizon : un thème structurel se joue sur dix ou quinze ans, ce qui suppose de traverser des baisses de 40 % sans vendre.
 

Pierre Debru, directeur de la recherche Europe chez WisdomTree, plaide pour « une approche multi-thématique, orientée vers les thèmes jugés les plus pertinents et porteurs du moment ». L'argument tient sur le papier. En pratique, la poche thématique d'un portefeuille de particulier a rarement vocation à dépasser 10 à 15 % de la partie actions. Le reste du travail se fait avec des supports larges, moins excitants et beaucoup moins chers.