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Canicule : les copropriétés découvrent qu'elles sont devenues des bouilloires thermiques

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Après l'épisode caniculaire le plus intense jamais mesuré en France fin juin, avec des nuits à 29,5°C à Paris, la rénovation des immeubles collectifs change de nature. L'enjeu n'est plus seulement la facture de chauffage mais la capacité des bâtiments anciens à rester habitables l'été.
 

Entre le 24 et le 28 juin 2026, la France a traversé l'épisode caniculaire le plus intense enregistré depuis le début des mesures météorologiques. Saintes a atteint 43,8°C, Saumur 44,1°C, et Paris a dépassé les 40°C deux jours consécutifs. Mais c'est la nuit qui a fait basculer la perception du problème : dans la capitale, le thermomètre n'est pas descendu sous 29,5°C dans la nuit du 26 juin, un niveau inédit à cette latitude. 

 

Après plusieurs jours d'accumulation, façades, murs, toitures et bitume restituent la chaleur en continu, et les logements ne redescendent plus à une température supportable. Le bâtiment lui-même devient une source de chaleur, une bouilloire thermique de jour comme de nuit, avec des intérieurs durablement au-dessus de 30°C.
 

Un parc conçu pour un climat qui n'existe plus
Le problème est d'abord générationnel. Selon l'Insee, un logement sur cinq en France, soit près de 7,5 millions d'unités, a été construit entre 1946 et 1970, avant toute réglementation thermique. Les copropriétés des années 1950 à 1990 ont été pensées pour retenir la chaleur en hiver, dans la foulée des chocs pétroliers, jamais pour l'évacuer en été. 

 

Le confort estival n'entre dans la réglementation qu'en 2005, et il faut attendre la RE2020, appliquée à partir de 2022, pour qu'il devienne un critère à part entière, mesuré par un indicateur de degrés-heures d'inconfort qui comptabilise la durée et l'intensité des surchauffes. 

 

Appliqué au bâti ancien, ce cadre révèle l'ampleur de l'écart avec des logements conçus pour un tout autre usage. « Nous assistons progressivement à une évolution de la rénovation énergétique vers une véritable rénovation climatique. Cela implique de penser simultanément confort d'hiver, confort d'été, résilience et sobriété énergétique », observe Sylvain Lefevre, président de Synergiec.
 

La climatisation passive, chantier à plusieurs millions d'euros
L'exemple d'une copropriété bordelaise de 182 logements accompagnée par le cabinet donne l'échelle des travaux. Plutôt que de généraliser la climatisation, les copropriétaires ont voté un programme de rafraîchissement passif : remplacement de l'ensemble des menuiseries avec pose de brise-soleils pour près de 700 000 euros, isolation thermique par l'extérieur des murs pour 1,7 million, isolation des toitures-terrasses pour 780 000 euros afin de replacer la masse du bâtiment dans le volume isolé et d'assurer le déphasage thermique, remplacement d'un mur-rideau pour 180 000 euros et réfection des jardinières pour 445 000 euros, qui contribue à un îlot de fraîcheur. La majorité de ces postes est éligible aux dispositifs existants, MaPrimeRénov' Copropriété, certificats d'économies d'énergie, éco-PTZ collectif et aides locales ; les travaux encore classés non énergétiques, comme les jardinières, peuvent être couverts par des prêts collectifs. Avec des canicules plus précoces, plus fréquentes et plus intenses, la question du confort d'été s'invitera dans les prochaines assemblées générales de copropriété au même rang que le DPE.