Les particuliers français détiendraient plus de 4 000 tonnes d'or, davantage que les réserves de la Banque de France. Au moment où le cours connaît un repli, le comportement des investisseurs et la solidité des fondamentaux méritent un examen.
Le chiffre donne la mesure de l'attachement français au métal jaune : selon une étude publiée par Francéclat et l'UFBJOP, réalisée par EY, les particuliers détiendraient 4 026 tonnes d'or, soit davantage que les réserves officielles de la Banque de France, estimées à 2 437 tonnes.
Ce stock considérable, accumulé pièce après pièce dans les coffres et les tiroirs, prend un relief nouveau alors que le cours traverse une phase de correction. Depuis le début de l'année, l'or affiche un gain de 3 % en dollars et de 4 % en euros, malgré un repli d'environ 1 % sur le dernier mois, dans les deux devises. Pour les détenteurs comme pour les candidats à la diversification, la question se pose dans les mêmes termes : ce tassement ouvre-t-il une fenêtre d'achat, ou annonce-t-il un retournement plus durable ? La réponse tient à la lecture que l'on fait des forces qui pèsent sur le métal, entre tensions de court terme et soutiens de long terme, et au comportement souvent contre-intuitif des épargnants en période de baisse.
Une correction sur fond de tensions macroéconomiques
Le repli récent s'explique par un contexte de court terme défavorable au métal. Les négociations entre les États-Unis et l'Iran font fluctuer le prix du pétrole et alimentent des craintes inflationnistes, qui poussent à la hausse les taux d'intérêt et le dollar, deux facteurs qui jouent contre l'or, lequel ne verse aucun revenu et souffre d'un billet vert fort.
L'inflation demeure élevée des deux côtés de l'Atlantique, à 3,8 % aux États-Unis et 3 % en zone euro en avril, et certaines banques centrales, la BCE en tête, pourraient relever leurs taux en juin. À plus long terme, les soutiens restent en place. L'instabilité géopolitique, la pression des dettes souveraines et le mouvement de dédollarisation engagé par plusieurs banques centrales, qui accumulent de l'or pour réduire leur dépendance au dollar, continuent d'alimenter la demande structurelle.
Cette opposition entre des vents contraires de court terme et des appuis de fond explique qu'une correction ne remette pas nécessairement en cause la tendance pluriannuelle. Pour le détenteur, la distinction est utile : un repli lié à un mouvement de taux ou de devise n'a pas la même portée qu'une érosion de la demande sous-jacente, qui, elle, ne se dessine pas dans les données disponibles.
Acheter dans la baisse, un réflexe peu français
Le comportement des épargnants français se distingue de celui des marchés asiatiques, jugés plus opportunistes : en France, on a tendance à acheter l'or quand les cours montent et à attendre quand ils baissent, à rebours de la logique d'un point d'entrée. Or les phases de correction sont précisément celles que de nombreux investisseurs guettent.
Lors du repli de mars, la banque singapourienne OCBC a enregistré une hausse de 60 % de ses transactions sur l'or en quatre semaines, portée par une vague de nouveaux entrants représentant désormais 7 % de sa base d'investisseurs en métaux précieux, tandis que Standard Chartered conseillait à ses clients d'acheter pendant la baisse.
L'intérêt pour l'or physique ne se dément pas : la Monnaie de Paris vient de lancer sa propre pièce d'investissement, dans la lignée du Krugerrand, de l'American Eagle ou du Maple Leaf. Pour les particuliers tentés par la diversification, les niveaux actuels peuvent constituer un point d'entrée sur un actif sans risque de défaut, estime François de Lassus, consultant chez Or en Cash.
La nuance patrimoniale tient à la place de l'or dans une allocation : il ne produit pas de revenu, sa valeur dépend de l'offre, de la demande et du dollar, et le choix entre or physique et or papier emporte des conséquences en matière de frais de conservation et de fiscalité. À ce titre, une poche limitée, pensée comme une protection plutôt que comme un moteur de performance, correspond à l'usage le plus courant chez les détenteurs avertis. Le choix de la forme mérite par ailleurs un examen attentif.
L'or physique, pièces ou lingots, suppose un coût de conservation, une assurance et une attention à l'authentification, mais offre une détention tangible et hors du système financier. L'or papier, via des fonds ou des produits cotés adossés au métal, gagne en liquidité et en facilité de gestion, au prix d'une exposition à un intermédiaire.
La fiscalité diffère également selon le support et la durée de détention, ce qui peut peser autant que l'évolution du cours sur le rendement net perçu. Pour un détenteur déjà constitué, l'enjeu n'est donc pas seulement d'acheter ou d'attendre, mais de vérifier que la part consacrée au métal jaune reste cohérente avec son horizon et le reste de son allocation.
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